Histoire de France

Guerre de 1870-1871

La guerre de 1870-1871, qui devait permettre à Bismarck de compléter l'unité allemande par l'accession des Etats du Sud, eut pour causes immédiates la candidature d'un prince de Hohenzollern au trône d'Espagne, et, quand cette candidature eut été retirée sur les protestations de la France, le refus du roi de Prusse Guillaume de l'interdire pour l'avenir. Un télégramme de presse tronqué par Bismarck (dépêche d'Ems [y. ce mot]) donna à cette décision une forme insultante et rendit inévitable une guerre que déclara le gouvernement de Napoléon III le 15 juillet.
L'armée française garda tout d'abord une attitude défensive : l'armée prussienne, plus nombreuse (390.000 hommes contre 260.000), conduite par de Moltke, était groupée en trois armées qui prirent hardiment l'offensive. A gauche, la 3e (prince royal de Prusse) franchit, le 4 août, la frontière d'Alsace, enleva une brigade française à Wissembourg, battit le 6 à Frœschwiller le gros de l'armée de Mac-Mahon et le força à se replier jusqu'au delà des Vosges. Le même jour, à droite, la 1re armée (Steinmetz) infligeait, à Spickeren, un échec au général Frossard. Au centre, la 2e armée (Frédéric-Charles) contournait Metz par le Sud et y enfermait les forces françaises de Lorraine, concentrées sous le commandement de Bazaine, à la suite des deux sanglantes batailles de Rezonville (16 août) et de Saint-Privat (18).
Pendant ce temps, l'armée de Mac-Mahon était parvenue au camp de Chalons, pour venir ensuite couvrir Paris. Un nouveau ministre de la guerre, Cousin-Montauban, préféra lui faire prendre l'offensive sous le commandement supérieur de l'empereur, pour tenter de lui faire rejoindre l'armée de Bazaine par le Nord. Mais, prise comme dans une tenaille entre la 3e armée acharnée à sa poursuite et une 4e armée détachée de celles qui assiégeaient Metz, celle de Mac-Mahon dut dévier peu à peu vers le Nord et se vit enfermer sous les murs de la petite ville de Sedan: elle dut capituler, l'empereur en tête (2 sept.), après avoir vainement tenté de forcer les lignes ennemies.
Parvenue à Paris, la nouvelle de ce désastre y provoqua, le 4, une révolution pacifique, qui amena la déchéance de l'empereur, la proclamation de la république et la formation d'un gouvernement de la Défense nationale. Les efforts improvisés de celui-ci ne purent empêcher : devant Paris, le gros des années allemandes d'investir la place (combat de Châtillon, 19 sept.) et de repousser des sorties dont la plus sérieuse fut celle du Bourget (28-30 oct.) ; au centre de la France, les Bavarois de von der Tann de s'emparer d'Orléans (11 oct.) ; à l'Est enfin, les Badois de Werder de prendre Dijon (30 oct.), après avoir fait capituler Strasbourg (28 sept.) et occupé les Vosges.
A ce moment Gambetta, parti de Paris en ballon et arrivé à Tours le 9 octobre, secondé par Freycinet, improvise de nouvelles armées, dont la première, formée sur la Loire, doit débloquer Paris. Elle réussit d'abord à délivrer Orléans après la victoire de Coulmiers (9 nov.). Mais elle dut s'arrêter pour se réorganiser devant Orléans avant de reprendre sa marche. Pendant ce temps, après un simulacre de sortie à Noisseville (31 août), Bazaine capitulait à Metz devant la famine (17 oct.). L'armée d'investissement devenue libre accourut à marches forcées sur la Loire, repoussa l'aile droite des Français à Beaune-la-Rolande (28 nov.), brisa leur centre à Loigny (2 déc.) et les chassa d'Orléans avec de grosses pertes (4 déc.). En même temps, une sortie tentée à Paris pour forcer le blocus aboutissait à un sanglant échec (bataille de Champigny,28 nov.-2 déc.).
Dans le Nord, une armée allemande, détachée de celle de Metz, allait occuper Rouen (4 déc.) après avoir enlevé Amiens. Faidherbe ne cessa de harceler l'ennemi : à Pont-Noyelles (23 déc.), à Bapaume (3 janv.), à Saint-Quentin (18-19 janv.) où son armée finit par succomber.
Chanzy, placé à la tête de la seconde armée de la Loire, s'illustra par la ténacité d'une résistance qui s'affirma d'abord sur les lignes de Josnes (7-10 déc.), puis par une retraite qui eut pour étapes Vendôme (14-15 déc.), Le Mans où se livra une bataille malheureuse de deux jours (1112 janv.), et enfin Laval où le surprit l'armistice.
Pendant ce temps, Bourbaki, chargé de conduire • dans l'Est un mouvement dirigé contre les lignes de communication de l'ennemi, lui fit évacuer Dijon, se porta sur Vesoul, puis se rabattit vers l'Est pour débloquer Belfort où tenait le colonel Denfert-Rochereau. Il remporta un succès d'avant-garde à Villersexel (9 janv.), mais ne put forcer les lignes allemandes devant Héricourt (15-17 janv.). Contraint à la retraite — son armée étant oubliée au moment de la signature de l'armistice — il se vit couper l'accès du centre de la France par une nouvelle armée allemande (Manteuffel) détachée du siège de Paris ; acculé à la frontière suisse, il dut la faire passer par ses troupes désarmées (ler fév.). Après une dernière et vaine tentative de sortie (Buzenval, 19 janv.), le gouvernement de Paris avait dû signer (28 janv.) une capitulation sous la forme d'un armistice. Quant à la paix elle-même, deux actes successifs la rétablirent. Des préliminaires de paix furent signés à Versailles, le 26 février, par Thiers, qu'une Assemblée nationale élue le 8 février avait nommé chef du pouvoir exécutif. Thiers put arracher aux Allemands la conservation de Belfort, mais dut se résigner à la perte de l'Alsace et de Metz, ainsi qu'au payement d'une indemnité de guerre de 5 milliards. Ces conditions furent confirmées par le traité de Francfort (10 mai). La guerre, qui avait valu à la Prusse le couronnement de son souverain comme empereur allemand (18 janv. 1871), devait lui assurer pendant plus de quarante ans une influence prépondérante sur les affaires européennes.