Histoire de France

Les Carolingiens.

Reconnaissant envers la papauté qui avait favorisé son avènement en 751, Pépin fit la guerre aux Lombards et donna au Saint-Siège une partie de leurs terres ; ce fut l'origine du pouvoir temporel.
Ses deux fils, Charles et Carloman, lui succédèrent en 768 ; Carloman mourut trois ans après, et Charles, qui régna seul jusqu'en 814, mérita d'être appelé Charles le Grand ou Charlemagne.
Charlemagne acheva la soumission de l'Aquitaine. Il renversa Didier, roi des Lombards et ennemi du Saint-Siège, se proclama roi des Lombards à sa place (774). Après trente-trois ans de guerre (772-805), il réduisit les Saxons, dont le chef Witikind consentit enfin à recevoir le baptême. Il fit aussi en Espagne la guerre aux Arabes (778).

Charlemagne fut couronné à Rome empereur d'Occident (800). Il publia des lois ou Capitulaires, chargea des envoyés royaux (missi dominici) de surveiller l'administration et fonda de nombreuses écoles.
Les successeurs de Charlemagne laissèrent péricliter son œuvre. Louis le Débonnaire (814-840) vit ses fils mêmes se révolter contre lui. Après la bataille de Fontenoy (841) et le serment de Strasbourg (542), ils signèrent le traité de Verdun (843), qui démembrait l'empire en trois royaumes indépendants : l'Italie, la Germanie, la partie de la Gaule qui devait bientôt prendre le nom de France. La France échut à Charles le Chauve (843-877).

A partir de Charles le Chauve, la royauté carolingienne s'affaiblit progressivement. L'évolution politique et sociale qui devait aboutir à la féodalité ruine le pouvoir royal. Les invasions normandes précipitent cette décadence. Les Normands étant venus assiéger Paris (886), la ville fut défendue par Eudes, fils de Robert le Fort. Charles le Gros (884-887), qui avait lâchement acheté la retraite des Normands, fut remplacé par Eudes.
Les Carolingiens reprirent la couronne sous Charles le Simple (898-922). Les Normands reçurent de ce prince, par le traité de Saint-Clair-sur-Epte (911), le duché qui, de leur nom, s'appela Normandie.
Les derniers Carolingiens, malgré la résistance qu'ils opposèrent aux Robertiens, ducs de France, se virent définitivement supplantés par eux en 987. A cette date, Hugues Capet fonda la troisième dynastie de nos rois, celle des Capétiens.

1) Les grands Carolingiens.

741-768 : Pépin le Bref.
Fondateur de la dynastie carolingienne, il est couronné roi des Francs par saint Boniface (751). Il écrase les Lombards et donne au pape la région de Ravenne. II conquiert la Septimanie sur les Arabes et annexe l'Aquitaine à son royaume.
768-814 : Charlemagne.
C'est l'apogée de l'Etat carolingien. Charlemagne, protecteur de la papauté, est couronné empereur d'Occident par le pape Léon III à Rome (800); il devient ainsi le chef temporel de la chrétienté. Création d'un empire de l'Ebre à l'Elbe. Annexion de la Lombardie (Didier, vaincu à Pavie, 774) et de la Bavière (788). Soumission des Saxons (772-804) et des Avars en Pannonie (791-805). Echec en Espagne : massacre de Roland à Roncevaux et conquête limitée à la Catalogne.

2) Démembrement de l'Empire.

814-840 : Louis le, le Pieux.
II ne peut maintenir la cohésion de son empire face à la révolte de ses fils : Lothaire ler (empereur, 840-855), Louis le Germanique (roi des Francs orientaux [817-8431, puis de Germanie [843-876]), Charles le Chauve (roi de France, 840-877); succession de partages et de luttes fratricides; alliance de Louis et Charles par le serment de Strasbourg, et partage de l'Empire par le traité de Verdun (843).
840-877: Charles le Chauve, premier roi de France (Francia occidentalis). Décadence de l'Empire carolingien, nouvelles vagues d'invasions : raids sarrasins en Provence, razzias des Normands. Le règne est marqué par la naissance de principautés territoriales, désormais aux mains des grandes familles.
877-884 : Louis 11 le Bègue (877-879), Louis III et Carloman (879-882), Carloman seul (882-884).
884-887 : régence du royaume à Charles III le Gros, roi de Germanie, incapable de conjurer le péril normand.
888 : Couronnement du comte Eudes, défenseur de Paris, roi de 888 à 898. Après lui, la couronne de France alterne entre ses descendants (Robertiens) et les Carolingiens : Charles III le Simple (898-922/23), Robert le. (922-23), Raoul de Bourgogne (923-936), Louis IV d Outremer (936-954), Lothaire (954-986), Louis V (986-87).
911 : Installation des Normands en Normandie (traité de Saint-Clair-sur-Epte).
987 : Mort du dernier souverain carolingien et élection de Hugues Capet. Début de la dynastie capétienne.

3) Les institutions carolingiennes.

L'Empire est divisé en comtés, mais le territoire franc constitue un conglomérat d'entités beaucoup plus vastes dont les particularismes sont battus en brèche par l'ceuvre carolingienne d'assimilation, d'uniformisation et d'unification. Des marches sont créées sur les frontières; une assemblée générale annuelle réunit l'aristocratie.
Tentative de gouvernement direct d'un roi itinérant : envoi en province d'enquêteurs (missi dominici), réunions régulières des grands propriétaires, qui ratifient les décisions impériales et rendent la justice.
Faiblesse du système : l'administration reste embryonnaire; pas d'impôt (les ressources sont fournies par les propriétés personnelles des souverains); les comtes sont pratiquement indépendants; l'anarchie prépare les voies à la féodalité.
Importance de l'Eglise comme instrument de gouvernement et guide de la civilisation; évêques et surtout moines sont les éléments essentiels de la Renaissance carolingienne (lettres et arts).

4) Vie économique.

L'introduction de la vassalité et du « bénéfice » dans l'organisation de l'Etat constitue l'une des réalisations majeures des Carolingiens : elle donne naissance à la féodalité.
La véritable base matérielle du pouvoir carolingien réside dans les domaines royaux qui, par leur mode d'exploitation, leur structure et leur rôle économique, forment le type des zones de grande propriété, caractéristiques de l'époque carolingienne; de nombreux esclaves (serfs) y sont employés. A ces domaines royaux, il faut joindre les grands domaines ecclésiastiques du nord de la Loire (Saint-Germain-des-Prés) issus de donations royales ou aristocratiques.
A coté de « manses » serviles se développent des « manses » libres.
Le sud de la Loire et l'ouest de la France sont peu peuplés; le Bassin parisien, au contraire, est fortement peuplé.
Si l'économie du domaine s'ouvre sur le commerce, celui-ci reste limité, les maigres capitaux du travail paysan n'étant guère investis d'une manière productive par l'aristocratie.

5) Fin de l'empire carolingien.

L'Etat carolingien, trop vaste, se désagrège rapidement.
Aux luttes de succession, liées à l'application de l'ancien droit germanique, s'ajoutent les invasions hongroises, sarrasines et surtout normandes, auxquelles les Francs n'opposent qu'une organisation militaire axée sur l'offensive et donc inadaptée. Commencées par des expéditions de pillage, les invasions normandes se muent en occupation prolongée de territoires (Normandie).
Naissance de grandes principautés; de celles-ci, il faut détacher le marquisat de Neustrie, point de départ du duché de France, domaine des Robertiens (Capétiens).

Dynastie

Roi Naissance / Mort Règne Epouse
Pépin le Bref v. 715
24 septembre 768
751-768 Bertrade de Laon (Berthe au Grand Pied) (720-783)
Carloman Ier v. 751
4 Décembre 771
768-771 Gerberge
Charlemagne 2 avril 742
28 janvier 814
768-814 Himiltrude
Désirée de Lombardie
Hildegarde, (758-783)
Fastrade, († 794),
Luitgarde d'Alémanie
Louis Ier le Pieux 778
20 juin 840
814-840 Ermengarde de Hesbaye († 818),
Judith de Bavière (800-845)
Charles II le Chauve 13 juin 823
6 octobre 877
840-877 Ermentrude d'Orléans († 869),
Richilde de Provence (?-910),
Louis II le Bègue ier novembre 846
10 avril 879
877-879 Ansgarde d'Hiémois (ou de Bourgogne) (826-880/882),
Adélaïde (ou Aélis) (853-901)
Louis III v. 864
5 août 882
879-882 Richarde de Souabe († 894),
Carloman II v. 866
12 décembre 884
879-884 -
Charles III le Gros 839
13 janvier 888
884-887 Richarde de Souabe († 894),
Eudes v. 860
Ier janvier 898
888-898 Théodérade
Charles III le Simple 17 septembre 879
7 octobre 929
898-923 Frédérune (ou Frérone) († 917),
Edwige de Wessex (896-951)
Robert Ier v. 866
15 juin 923
922-923 Béatrice de Vermandois,
Raoul v. 890
15 janvier 936
923-936 Emma de France († 935)
Louis IV d'Outremer 10 septembre 921
10 septembre 954
936-954 Gerberge de Saxe ou de Germanie (913-984)
Lothaire v. 941
2 mars 986
954-986 Emma d'Italie († 989)
Louis V le Fainéant v. 967
22 mai 987
986-987 Adélaïde d'Anjou,