Histoire de France

CAPETIENS DIRECTS

La royauté était très faible, à l'avènement de Hugues Capet. La dynastie avait devant elle une double tâche à accomplir : reconstituer l'unité territoriale brisée et restaurer l'autorité monarchique.

Les premiers Capétiens,
Hugues Capet (987-996),
Robert le Pieux (996-1031),
Henri Ier (1031-1060)
et Philippe Ier (1060-1108)
améliorèrent légèrement le domaine royal, formé d'un étroit fuseau territorial entre Seine et Loire. Ils ne purent empêcher un de leurs vassaux, Guillaume le Conquérant, de devenir roi d'Angleterre en 1066.
Les croisades, commencées sous Philippe Ier en 1096, furent terminées sous Louis IX en 1270.

Le XIIe siècle vit la renaissance des villes et la constitution des communes.
Louis VI le Gros (1108-1137), secondé par Suger, assit sa domination sur les vassaux de son domaine.
Louis VII (1137 1180), qui entreprit la seconde croisade (1147-1149), commit l’erreur de répudier Eléonore de Guyenne (ou Aliénor d'Aquitaine). Celle-ci se remaria avec Henri II Plantagenet, qui devint roi d'Angleterre, et lui apporta en dot tout le Sud-Ouest. Ce fut l'origine de longues guerres entre la France et l'Angleterre.
Philippe Auguste (1180-1223) entreprit sans succès la troisième croisade et ne prit aucune part ni à la quatrième (1202-1204), ni à la croisade contre les cathares ou albigeois. A l'intérieur, il affirma pour la première fois la puissance de la monarchie capétienne et son caractère national en remportant la victoire de Bouvines sur les grands vassaux coalisés avec l'empereur d'Allemagne (1214). Il enleva à l'Angleterre d'importantes provinces, favorisa l'émancipation des communes, réduisit les vassaux à l'obéissance, créa les baillis et les prévôts pour rendre la justice au nom du roi, et s'efforça de rendre les guerres privées moins fréquentes par l'institution de la Quarantaine le Roi. Il fonda l'Université de Paris, et embellit sa capitale.
Louis VIII (1223-1226) ne fut roi que trois ans. Son fils Louis IX ou Saint Louis (1226-1270) régna d'abord sous la régence de Blanche de Castille, qui tint en respect les seigneurs. Il fit la paix avec l'Angleterre, et acquit dans le monde un tel prestige, qu'il fut pris pour arbitre dans plusieurs conflits. Il entreprit la septième croisade. De retour en France, il rendit le Parlement sédentaire, réorganisa l'administration royale. Finalement, il entreprit la huitième croisade, et mourut de la peste à Tunis (1270). C'est la plus belle figure du moyen âge
Philippe III le Hardi (1270-1285) consolida l'œuvre intérieure de son père. Il mourut à Perpignan au retour d'une expédition malavisée en Catalogne.
Philippe IV le Bel (1285-1314) reprit la politique offensive de Philippe Auguste vis-à-vis du roi d'Angleterre, suzerain de la Guyenne, et intervint dans les affaires de Flandre : vaincu à Courtrai (1302), il prit sa revanche à Mons-en-Pévèle (1304). Inspiré par ses légistes (Pierre Flotte, Guillaume de Nogaret), Philippe entra en conflit avec le pape Boniface VIII et réunit à cette occasion l'assemblée de 1302, origine des Etats généraux. Il améliora l'organisation du Conseil du roi (Parlement, Chambre des comptes, Grand conseil), mais il se procura de l'argent par des moyens iniques et notamment il envoya les Templiers au supplice dans l'espoir de s'emparer de leurs richesses.
Philippe le Bel laissa trois fils, qui régnèrent successivement : Louis X le Hutin (1314-1316), Philippe V le Long (1316-1322), Charles IV le Bel (1322-1328). A la mort de Louis X et à la mort de Charles IV, les Etats généraux déclarèrent les femmes inéligibles à la succession du trône, déclaration qu'on voulut plus tard justifier par la Loi salique.
Avec Charles IV s'éteignit la branche des Capétiens directs, et avec Philippe VI commença celle des Valois (1328).

1) Les premiers Capétiens (987-1108).

La grande force des Capétiens est d'abord biologique : il n'y a jamais de minorité; à chaque avènement, le roi est un adulte. Hugues Capet prend soin de faire sacrer son fils de son vivant. La consécration du sacre fait du roi un personnage littéralement «sacré», différent des autres féodaux, même si nombre de ceux-ci sont autrement puissants que lui.
Cependant, Hugues Capet (987-996), Robert 1l le Pieux (996-1031), Henri 1,T (1031-1060) et Philippe 1e (1060-1108) sont impuissants face aux grandes principautés qui les entourent. A l'intérieur de leur propre domaine — ensemble confus et mouvant groupé autour d'Orléans, d'Etampes, de Paris, sur le cours moyen de la Seine, dans la vallée de l'Oise et de l'Aisne —, ils sont en butte à de puissants seigneurs.
Sur le plan international, les premiers Capétiens ne jouent aucun rôle : ils ne participent pas à la première croisade, et le faible Philippe lei ne peut empêcher son puissant vassal, le duc de Norman-die, Guillaume II le Conquérant, de devenir roi d'Angleterre en 1066.
Cette époque est cependant marquée par un premier essor de la civilisation médiévale, dû à la fin des invasions. La société féodale s'affermit et se ramifie, mais elle ne peut se passer d'un roi, dont la présence terrestre lui est aussi nécessaire que celle, invisible, de Dieu. Car le Xle s. vit dans l'inquiétude religieuse (an 1000, vogue de l'Apocalypse, lutte de Dieu et du Diable).
La rénovation religieuse vient non pas des évêques — trop liés au système patronal de la féodalité —, mais des moines (Cluny); pèlerinages, croisades, trêves de Dieu, chevalerie sont des manifestations de cette rénovation.

2) L'essor du XIIe siècle.

La grande force des Capétiens est d'abord biologique : il n'y a jamais de minorité; à chaque avènement, le roi est un adulte. Hugues Capet prend soin de faire sacrer son fils de son vivant. La consécration du sacre fait du roi un personnage littéralement «sacré», différent des autres féodaux, même si nombre de ceux-ci sont autrement puissants que lui.
Cependant, Hugues Capet (987-996), Robert 1l le Pieux (996-1031), Henri 1,T (1031-1060) et Philippe 1e (1060-1108) sont impuissants face aux grandes principautés qui les entourent. A l'intérieur de leur propre domaine — ensemble confus et mouvant groupé autour d'Orléans, d'Etampes, de Paris, sur le cours moyen de la Seine, dans la vallée de l'Oise et de l'Aisne —, ils sont en butte à de puissants seigneurs.
Sur le plan international, les premiers Capétiens ne jouent aucun rôle : ils ne participent pas à la première croisade, et le faible Philippe lei ne peut empêcher son puissant vassal, le duc de Norman-die, Guillaume II le Conquérant, de devenir roi d'Angleterre en 1066.
Cette époque est cependant marquée par un premier essor de la civilisation médiévale, dû à la fin des invasions. La société féodale s'affermit et se ramifie, mais elle ne peut se passer d'un roi, dont la présence terrestre lui est aussi nécessaire que celle, invisible, de Dieu. Car le Xle s. vit dans l'inquiétude religieuse (an 1000, vogue de l'Apocalypse, lutte de Dieu et du Diable).
La rénovation religieuse vient non pas des évêques — trop liés au système patronal de la féodalité —, mais des moines (Cluny); pèlerinages, croisades, trêves de Dieu, chevalerie sont des manifestations de cette rénovation.

3) Le réveil économique.

Un net accroissement de population (malgré épidémies et famines) coïncide alors avec un bouleversement considérable de la vie agricole traditionnelle : expansion des moulins hydrauliques, adoption de la charrue à versoir et de l'attelage en collier d'épaule, réduction de la jachère improductive, expansion de la superficie cultivée grâce aux défrichements et aux assèchements (Cisterciens). Les petites tenures se multiplient au bénéfice des cellules familiales et villageoises; les seigneurs attirent des « hôtes» qui jouiront d'une condition non servile, d'un terrain et d'une maison pour lesquels ils versent une modique redevance.
La vie de relation renaît : hommes, marchandises et idées (cathares, vaudois) circulent intensément sur des routes terrestres et fluviales en pleine rénovation; une classe de financiers, de négociants se crée; les foires deviennent les rendez-vous périodiques des professionnels de la marchandise.
Des agglomérations nouvelles (bourgs, faubourgs) se créent; mais, si les villes deviennent prospères, elles gardent un aspect quasi rustique. Paris, cependant, se couvre de monuments.
Dans ce milieu urbain se développe une bourgeoisie de -plus en plus puissante, ayant le sens de la solidarité et avide d'autonomie militante et d'émancipation (communes).
Progrès aussi dans la transmission du savoir (Abélard, Anselme) et la formation des maîtres autour des cathédrales et dans les monastères. L'Antiquité resurgit dans l'art de raisonner et aussi dans l'architecture et la décoration, qui trouvent leur épanouissement avec l'art roman, puis dans l'art gothique.

4) Les grands Capétiens .

Le fils de Louis VII, Philippe Il Auguste (1180-1223), affirme la puissance de la monarchie capé-tienne et lui donne son caractère national. S'il participe sans illusion à la troisième croisade, il fait preuve dans sa lutte contre la puissance des Planta-genêts d'une inflexible volonté. Sa politique annexionniste suscite contre la France la coalition de l'Angleterre, de la Flandre et de l'Empire, que Philippe Auguste brise aux batailles de La Rocheaux-Moines (1204) et de Bouvines (1214), provo-quant le premier sursaut d'un véritable sentiment national.
Philippe Auguste n'a pas participé lui-même à la croisade de Simon de Montfort contre les albigeois, mais son fils Louis Vlli (1223-1226) soumet le Languedoc, et son successeur va hériter du comté de Toulouse (traité de Paris en 1229).
Mort jeune, Louis VIII laisse un fils de neuf ans; Blanche de Castille assure la régence et réprime les troubles suscités par les féodaux.
Le règne de Louis IX, ou Saint Louis (1226-1270), apparaît comme le triomphe de la synthèse de la justice, de la paix et de l'ordre chrétien; il sera le dernier roi chevalier (7e et 8e croisade).
Fontaine de justice «, il est l'arbitre de nombreux conflits, même hors des frontières du royaume. S'il se fait céder le sud du Poitou et s'il fait reconnaître par les Anglais les conquêtes de son aïeul, il met un terme à l'état de guerre. A l'intérieur du royaume, il fait régner fermement l'ordre tel qu'il est alors exprimé par l'Eglise.
Philippe Ill le Hardi (1270-1285) s'illustre surtout par l'inféodation de la politique royale aux ambitions méditerranéennes de Charles d'Anjou.
Sous Philippe IV le Bel (1285-1314), le conflit franco-anglais se rallume; s'il acquiert le Barrois et le Lyonnais (1301), le roi ne peut mettre la main sur la Flandre (échec de Courtrai, 1302). Durant ce règne capital s'affermit une monarchie résolument nationale qui s'appuie sur le droit romain, joue de l'effacement de l'Empire et contribue à celui du Saint-Siège (conflit avec Boniface VIII).

Après le court règne de Louis X le Hutin (1314-1316), la couronne passe à un fils posthume de ce dernier, Jean l,'r, qui ne règne que quelques jours (1316). C'est à cette occasion qu'on décide d'écarter les femmes du trône de France en se référant à une prétendue loi salique. En réalité, on craint de voir un prince étranger régner sur la France. Aussi la couronne passe-t-elle à un frère de Louis X, Phi-lippe V le Long (1316-1322), puis à un autre frère, Charles IV le Bel (1322-1328); ces rois ne laissant que des filles, le trône reviendra à un prince de la branche de Valois, Philippe VI.

5) L'apogée du Moyen Âge français.

Favorisée par une expansion économique qui ne connaît pas de fléchissement, la France élargit son horizon commercial et est elle-même enveloppée et pénétrée par les voies essentielles du trafic occidental. Les routes sont animées; les villes se multiplient (villeneuves) et se gonflent du trop-plein des campagnes : Paris compte plus de 50000 habitants. La circulation plus rapide des espèces favorise la simplification de la carte monétaire; les techniques nouvelles de crédit s'épanouissent, surtout aux foires de Champagne.
La hiérarchie sociale se diversifie, mais aussi se durcit. Au sommet : les « riches hommes«, négociants et financiers, qui accaparent les fonctions municipales dans des cités décidément émancipées. Au bas de l'échelle : un grand nombre de misérables. Entre eux : un monde d'artisans dont beaucoup sont en marge du système corporatif.
Dans le même temps, les campagnes se transforment (développement spectaculaire du vignoble), tandis que l'intervention de l'argent modifie les rapports entre seigneurs et paysans : les franchises paysannes se multiplient, la vie paroissiale s'affirme, une espèce d'aristocratie rurale se forme qui conteste l'antique prééminence du chevalier.
La dynastie capétienne fortifie son pouvoir, d'autant plus que son domaine propre — autour de Paris — comporte les plus grasses terres et quelques-unes des plus riches villes du royaume. Tout le travail des rois, de père en fils, est d'arrondir ce domaine : pénétration en Languedoc et en Aquitaine par l'écrasement des cathares soutenus par le comte de Toulouse; démantèlement du domaine angevin.
Hors du domaine, le roi place ses « hommes», mais il continue à se heurter aux ambitions des grands vassaux, encore que les princes apanagistes (Flandre-Artois, Champagne, Bourgogne) alignent leur politique sur celle du roi.
L'administration royale devient un instrument très efficace; les officiers du roi (baillis, sénéchaux), pénétrant partout, propagent la langue française, la justice, le droit et la monnaie du roi.
Les gens de l«hôtel du roi » sont de plus en plus des juristes, clercs et laïques, qui fournissent au roi une arme redoutable : les actes écrits d'une administration centrale dont l'emprise s'enracine dans le royaume. Cependant, le roi prend conseil de toutes les classes du pays selon un mode encore empirique (ce qu'on a appelé improprement les premiers états généraux).
Les sections judiciaire (parlement) et financière de la cour du roi poursuivent une carrière de plus en plus indépendante, cependant que s'intensifie la centralisation au profit de Paris (213 000 hab. en 1328).
Bref, à la mort de Philippe le Bel, la France est la «Grande Nation » dont la civilisation rayonne sur l'Europe; mais, déjà, le XIVe siècle. donne des signes d'inquiétude.

 

Dynastie

Roi Naissance / Mort Règne Epouse
Hugues Capet vers 939 / 941
24 octobre 996
987-996. Adélaïde d'Aquitaine (ou Adèle) (945-1004),
Robert II le Pieux 972
20 juillet 1031
996-1031 Rozala de Provence († 1003),
Berthe de Bourgogne (964-1024),
Constance d'Arles († 1032)
Henri Ier 1008
4 août 1060
1031-1060 Mathilde de Frise († 1044),
Anne de Kiev (1024-1089),
Philippe Ier 23 mai 1052
29 juillet 1108
1060-1108 Berthe de Hollande (v. 1058-1093),
Bertrade de Montfort (v. 1070-1117)
Louis VI le Gros ier décembre 1081
Ier août 1137
1108-1137 Adèle de Savoie (v. 1092-1154)
Louis VII le Jeune 1120-18 septembre 1180 1137-1180 Aliénor d'Aquitaine (1122–1204)
Philippe II Auguste 21 août 1165
14 juillet 1223
1180-1223 Isabelle de Hainaut (1170-1190),
Ingeburge de Danemark (1174-1236),
Agnès de Méranie (v. 1180-1201)
Louis VIII le Lion 5 septembre 1187
8 novembre 1226
1223-1226 Blanche de Castille (1188-1252)
Louis IX (St Louis) 25 avril 1214
25 août 1270
1226-1270 Marguerite de Provence (1221-1295)
Philippe III le Hardi 30 avril 1245
5 octobre 1285
1270-1285 Isabelle d'Aragon (1243–1271),
Marie de Brabant (v. 1254–1321)
Philippe IV le Bel 1268
29 novembre 1314
1285-1314 Jeanne de Navarre (1270–1304)
Louis X le Hutin 4 octobre 1289
5 juin 1316
1314-1316 Marguerite de Bourgogne (1290–1315),
Clémence de Hongrie (1293-1328)
Jean Ier le posthume 15 novembre 1316
19 novembre 1316
4 j. en 1316 -
Philippe V le Long 17 novembre 1293
3 janvier 1322
1316-1322 Jeanne de Bourgogne (v. 1291-1330)
Charles IV le Bel 18 juin 1294
Ier février 1328
1322-1328 Blanche de Bourgogne (v. 1294-1326),
Marie de Luxembourg (1305-1324),
Jeanne d'Évreux (1310–1371)