Histoire de France

PHILIPPE IV le Bel

Philippe IV, dit le Bel, roi de France, né et mort à Fontainebleau (1268-1314).


Philippe IV par Jean-Louis Bézard

Il était fils de Philippe III le Hardi et d'Isabelle d'Aragon. Sur sa personne, sur son caractère, les écrivains contemporains ne nous ont laissé que des témoignages indécis ou contradictoires. Tous parlent de sa beauté physique. Villani et Geoffroi de Paris affirment la faiblesse de sa volonté et incriminent ses conseillers, dont le rôle fut capital. Les légistes — tel est le nom qu'on leur a donné — apportèrent au roi, avec un dévoiement absolu à sa cause, un sens très vif de la tradition romaine, qui établissait, en droit, le pouvoir absolu du prince, et de la tradition nationale, qui retrouvait, par delà le morcellement féodal de la fin du XIIIe, siècle, la France unifiée de Charlemagne ou la Gaule de César.
La politique extérieure que ces légistes inspirèrent à Philippe le Bel témoigna toujours d'une remarquable clairvoyance. Bientôt après son avènement, le roi met fin, par le traité d'Agnani (1295), à la guerre d'Aragon, où Philippe III avait succombé, pour tourner tous ses efforts contre l'Angleterre et la Flandre. Tandis qu'Edouard Ier est distrait par sa lutte contre les Gallois, le roi de France occupe la Guyenne et s'allie contre lui aux Ecossais (1295). C'est seulement deux ans après qu'Edouard Ier, soutenu par le comte de Flandre et par le comte de Bar, peut passer sur le continent (1297) et obtenir bientôt du roi de France la signature du traité de Montreuil (1299), où Philippe, d'ailleurs, commet l'erreur de marier sa fille Isabelle au fils du roi d'Angleterre (plus tard Edouard II), en lui donnant en dot précisément la Guyenne : les droits à la couronne de France qu'Edouard III, fils d'Isabelle, fera valoir au début de la guerre de Cent ans proviennent de ce mariage. Entre temps, le comte de Flandre, Gui de Dampierre, avait été puni de son alliance avec l'Angleterre par la rapide conquête de son pays (1297). Mais en mai 1302 les exactions des agents de Philippe le Bel amenaient le massacre des Français à Bruges (matines de Bruges), et une première expédition du roi finissait par le désastre de Courtrai (juin 1302). Lorsque Philippe put prendre sa revanche, à la journée de Mons-en-Pevèle (1304), il en profita pour signer le traité d'Athis-sur-Orge, où il reconnaissait l'indépendance de la Flandre, quitte à se faire céder bientôt par le comte Robert les châtellenies de Béthune, Lille et Douai.

Par contre, les efforts du roi obtenaient sur les frontières de l'empire d'importants succès. Une alliance était signée, à Vaucouleurs, avec Albert d'Autriche (1299). Le comte Henri de Bar devait prêter hommage pour une partie du Barrois (1301).
Lyon et Viviers reconnaissaient la suzeraineté royale ; l'influence française faisait des progrès décisifs en Lorraine. Enfin, le domaine capétien s'était accru, sous le règne de Philippe le Bel, par mariage ou héritages, de la Navarre, de la Champagne, de la Brie, de la Marche, de l'Angoumois, de la Franche-Comté.


Jeanne de Navarre

La politique extérieure de Philippe le Bel fut entravée par de graves difficultés financières. Le roi dut recourir aux expédients les plus dangereux. Ce furent d'abord les altérations presque incessantes des monnaies, les persécutions dirigées contre les juifs et les lombards (1306, 1311), ce furent surtout les impositions établies sur les biens de l'Eglise et des ordres religieux, d'où sortirent les deux graves conflits de Philippe le Bel avec Boniface VIII, puis avec les Templiers.

La lutte avec Boniface VIII, marquée par les bulles Clericis laïcos (1296), Romana mater (1297), Ausculta fili (1302), permit à Philippe le Bel de se présenter aux états généraux de 1302 et de 1303 comme le défenseur du pouvoir laïque national contre les empiétements de Rome. Elle s'acheva par l'attentat d'Agnani, dont Boniface VIII mourut de douleur (1303). Son second successeur, l'archevêque de Bordeaux, Bertrand de Goth, élu sous la pression de Philippe le Bel, devait, sous le nom de Clément V, inaugurer à Avignon « la captivité de Babylone », et livrer au roi l'ordre des Templiers, trop puissant aux yeux de la papauté. En 1307, tous les Templiers de France étaient arrêtés le même jour, et un procès long et brutal s'engageait, qui se termina, en 1312, par la suppression de l'Ordre, et par le supplice du grand maître Molay (1314). La légende courut que le grand maître, sur son bûcher, avait assigné le roi à comparaître sous un an au tribunal de Dieu.

Philippe mourut quelques mois après ; ses derniers jours avaient été attristés par les scandales de la tour de Nesle auxquels furent mêlées ses brus, Blanche, Jeanne et Marguerite de Bourgogne.

Avec lui s'était achevée l'évolution, commencée dès Philippe Auguste, par laquelle la royauté capétienne cessait d'être la plus considérable des agglomérations féodales de France, pour devenir un véritable Etat moderne.

Philippe le Bel avait épousé, en 1284, Jeanne de Navarre ; il en eut trois filles et quatre fils, dont trois furent rois après lui.

❖ Filiation

Isabelle d'Aragon Philippe III
PHILIPPE IV le Bel
(1268 - 1314)
Epouse Enfants
Jeanne Ire de Navarre
(1273 - 1305)
Louis X
Philippe V
Charles IV
Robert de France
Marguerite de France
Isabelle de France
Blanche de France